Salut les belles-daronnes (et toutes celles et ceux qui s’interrogent sur la famille recomposée) ! Je me rends compte après un certain nombre d’entretiens qu’il y a des « motifs » qui reviennent souvent dans mes conversations avec des belles-doches. Des phrases, des réflexions communes qui s’accumulent et qui me sautent aux oreilles. Parmi ces ritournelles, il y a la non préparation à ce rôle de belle-mère. “Ça m’est complètement tombé dessus” revient assez souvent. Il faut dire que quand on fait un enfant, sauf déni, on a, a priori, quelques mois pour se préparer à sa venue, pour matérialiser le grand débarquement. Mais quand on devient belle-mère, on tombe amoureuse et bim ! Ça va plus vite qu’une première fois adolescente. On amorce à peine une histoire d’amour qu’on se retrouve co-cheffe de meute de 3 loulous. Zéro feuille de route, une liberté totale pourrait-on dire, mais le flip absolu en réalité. Ajoutez à votre non-préparation des éléments exogènes comme une ex, un contexte familial inconnu, la posture du conjoint ou de la conjointe à votre égard et vous pouvez obtenir un résultat bien éloigné de ce que vous aviez en tête. Souvent la réalité nous rattrape, et parfois, nous empêche.
La belle-maternité ce sont des montagnes russes que vous ne pouvez pas concevoir avant d’être installée dans le wagon. Un grand huit extrême d’émotions dans lequel on grimpe en imaginant -parfois- qu’on va juste faire un tour de bateau-mouche. On n’est jamais préparées et ça m’interroge. Car on finit toujours par chercher de l’info quand on a les deux pieds dans le caca. Pour les parents, il existe des millions de guides, de sites, de bouquins, de podcasts pour les accompagner. Pré-grossesse, post-partum and beyond. Je ne dis pas que c’est une bonne chose de se tourner en permanence vers l’extérieur pour savoir comment faire, mais ça nous ferait pas un peu de bien de nous reposer parfois sur une gourou qui a réponse a tout et qui réinvente la famille recomposée ? Et puis ça déculpabiliserait, hein. Ah non mais j’ai fait ça parce que Jeanne Micheline le dit dans son bouquin. Hop, pas notre faute ! Je rigole, je rigole mais j’aimerais bien qu’on réalise plus tôt ce qui va nous arriver. Peut-être que ce rôle n’est pas encore assez répandu dans notre société pour que celles et ceux qui sont passés par là soient en mesure de préparer les autres. Je repense à un ami d’enfance qui est devenu beau-père, il y a quelques années, lorsqu’il a rencontré son amoureuse, maman de deux mômes. Je voudrais lui dire « mec je te comprends enfin et je suis désolée de ne jamais t’avoir demandé comment ça se passait ». À aucun moment je ne me suis interrogée sur ce qu’il vivait. J’ai eu tort. Ce n’était pas une banale histoire d’amour. La famille recomposée n’est jamais une banale histoire d’amour. Déjà parce qu’il faut une sacrée dose d’amour pour mener cette entreprise à bien, et que les couples de familles recomposées doivent s’aimer vachement vachement fort pour déployer autant d’énergie à essayer de faire entrer des carrés dans des ronds. Alors que vos réserves soient en train de s’épuiser ou que les stocks soient au max, je vous en envoie (un peu, parce qu’il faut que j’en garde nonméoh).
Alma a 32 ans, elle vit en région parisienne avec son conjoint de 42 ans, et la fille de ce dernier, qui a 13 ans. Elle nous raconte les hauts et les bas d’une famille qui se recompose difficilement quand l’éducation du bel-enfant entre en collision avec ce qui nous habite.
Alma, comment es-tu devenue belle-mère ?
J’ai 32 ans, mon conjoint en a 42. Je n’ai pas d’enfant, ça fait 4 ans que je suis avec lui et que je connais ma belle-fille qui a aujourd’hui 13 ans. Lorsque je l’ai rencontré, je n’ai pas su tout de suite qu’il avait un enfant. C’est quand j’ai regardé son compte Instagram que je me suis rendu compte qu’il avait une fille et il m’a dit “ben oui, je ne le cache pas”. Il ne l’avait pas caché mais il ne l’avait pas dit non plus ! J’étais assez étonnée, parce que je ne m’attendais pas à ça. Ce que j’ai ressenti était trop bizarre, je me suis dit “ah chelou”, mais j’ai eu un véritable coup de foudre pour lui. À 28 ans, on ne s’imagine pas que l’amour de notre vie a 10 ans de plus, qu’il a déjà eu une vie conjugale et qu’il a déjà des enfants. Moi je voulais une page vierge, c’est comme ça que je voyais mon avenir, mais j’y suis allée quand même ! Aujourd’hui, je dirais que c’est une place compliquée celle que l’on a et parfois je me dis que si c’était à refaire je ne le referais pas, mais quand on est amoureuse on est amoureuse…
Tu as connu cette enfant alors qu’elle avait 9 ans, comment votre rencontre s’est-elle passée ?
Mon conjoint s’est séparé de la mère de sa fille trois ans après la naissance de la petite, et il s’est battu pour avoir la garde alternée. Elle a connu deux belles-mères en six ans, qui ne lui allaient pas du tout, mais ce que j’ai compris aujourd’hui c’est qu’aucune belle-mère ne va, ce sont toutes des sorcières ! Les deux étaient déjà mamans et instauraient des règles qui ne lui convenaient pas, il faut dire qu’elle a un père un peu laxiste qui n’arrive pas à fixer de règles. Bref, je l’ai rencontrée hyper tôt, au bout de six mois de relation. J’ai rencontré sa fille à une soirée avec des copains. J’ai commencé à l’apprivoiser, elle me regardait, elle a joué un peu avec moi, elle tenait la main de son papa, elle regardait ce que son papa faisait avec moi et puis après, petit à petit, on est allés déjeuner, on faisait beaucoup de sorties dans le parc, des jeux etc.
“J’ai tout de suite entrepris de faire des activités avec elle : j’ai acheté tout un tas de choses pour que l’on crée ensemble. Il y a eu un coup de cœur dès le départ : on passait du temps ensemble, je l’emmenais faire les boutiques, prendre une glace, on faisait plein de choses”
Comment as-tu tissé un lien avec ta belle-fille ?
Je viens d’une famille assez aisée et mes parents sont très sévères sur l’argent. L’argent on le mérite parce qu’on a travaillé, tes parents ne te doivent pas de l’argent. Et donc mes parents, pour me faire une balance matérialisme / anti-matérialisme m’ont fait faire énormément de choses manuelles et du sport : peinture, perles, tennis, danse etc. J’ai donc tout de suite entrepris de faire des activités avec elle : j’ai acheté tout un tas de choses pour que l’on crée ensemble. Il y a eu un coup de cœur dès le départ : on passait du temps ensemble, je l’emmenais faire les boutiques, prendre une glace, on faisait plein de choses. Elle n’arrêtait pas de parler de moi, même à la famille du côté de sa mère. Un jour, alors qu’on repartait du parc, elle m’a dit “je ne comprends pas pourquoi tu ne viens pas dormir à la maison ?” Quand il est rentré à la maison, son père lui a demandé si elle était sûre parce qu’il s’avère qu’ils dormaient ensemble 2-3 fois par semaine et que si je venais dormir, cela voulait dire qu’elle ne dormirait plus que dans sa chambre. Elle a répondu que ça ne la dérangeait pas et qu’elle dormirait dans sa chambre.
Donc, tu es arrivée dans une relation père-fille très fusionnelle ?
Oui, mais faire dormir son enfant dans un lit conjugal c’est vraiment pas le truc à faire. Et petit à petit, en dormant chez eux, je me suis rendu compte qu’il n’y avait aucune notion d’intimité. Il lui est arrivé de la laisser se mettre à côté de lui dans le lit alors qu’on était tous nus sous les draps. Il avait l’habitude de se trimballer tout nu dans l’appart devant elle et il m’a dit qu’il avait arrêté de prendre sa douche avec elle l’été avant qu’on se rencontre. Elle avait donc un syndrome d’Oedipe très puissant. Je suis rentrée dans le tas et il ne l’a pas accepté, il m’a demandé pour qui je me prenais, je lui ai dit que ça me dégoutait. Mais le truc, c’est qu’il ne s’en rendait pas compte, il ne la voyait pas grandir. Sauf que sa gamine était déjà pré-pubère et qu’elle a eu ses règles hyper tôt. Je lui ai dit qu’il fallait arrêter de rigoler avec cette histoire d’Oedipe et ça a été très dur. Mais même si lui mettait des limites, ça a mis du temps avant qu’elle l’accepte. Elle le chevauchait sur le canapé, pendant qu’on mangeait à table… Ma mère m’a même dit au départ “il faut te tirer”. Moi j’étais persuadée que ça allait changer mais j’ai énormément pleuré.
collage mixte : Anaïs Richardin
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