Belle-doche

Belle-doche, c'est le rendez-vous bi-mensuel qui permet de mieux comprendre la belle-maternité et qui donne la parole à ces femmes qui élèvent les enfants des autres

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Par Anaïs Richardin
32 articles
3 janv. · 11 mn à lire
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Marine "la résilience est au cœur de nos vies de belles-mères"

- recomposer avec deux enfants de deux mamans différentes -

Salut à toutes et à tous !

Ah les fins d’années et ses bilans qui amènent des myriades de questions (oui j’ai écrit cette newsletter fin décembre 🙈). Où vais-je ? Qui suis-je ? Que faire dans cette vie ? Pourquoi Darmanin est-il encore en place ? Je n’y échappe pas et écrire cette newsletter et ses 27 numéros ont soulevé beaucoup d’interrogations auxquelles je n’ai pas toujours trouvé de réponse. 

Je les partage avec vous, parce qu’au fil des interviews, je me rends bien compte qu’on est toutes traversées par des interrogations similaires. Dans cette édition, Marine se demande s’il faut un certain caractère pour vivre sereinement la belle-maternité ou si la belle-parentalité nous transforme. C’est vrai qu’il faut une bonne dose de souplesse, d’attention à l’autre, si l’on veut essayer de faire quelque chose qui fonctionne et qui ne se décompose pas au moindre coup de vent. Ma mère, la première fois qu’elle m’a vue avec mon amoureux et mon bel-enfant, m’a dit “je ne te reconnais pas”. Je la comprends, je ne laisse pas s’exprimer les mêmes facettes de ma personnalité avec mes frangins et mes parents qu’avec mon mec et son fils. D’un côté je suis dirigiste, impatiente et (un peu) soupe au lait, de l’autre j’ai plutôt tendance à suivre le mouvement, je travaille ma patience et j’essaie (je n’y arrive pas toujours) de garder ma mauvaise humeur pour moi. Alors qui voit la vraie moi ? D’un côté je suis la fille, la soeur qui a montré beaucoup, du meilleur comme du pire et qui se sent aimée inconditionnellement. De l’autre, je suis l’amoureuse, la belle-mère qui sait que l’amour se cultive et qui essaie de préserver et de nourrir ce lien, ces sentiments doux sans les entacher de la crasse de certaines impulsions. Ces deux jours sous lesquels je pousse se mélangent de plus en plus. Construire ma propre famille et participer à élever un enfant qui n’a pas eu besoin de moins pour survivre les premières années de sa vie m’a fait évoluer, grandir, m’assouplir et chérir les liens qui m’unissent à mes frangins et à mes parents. Je ne sais pas s’il faut une personnalité particulière pour être belle-mère mais je sais que ce rôle a participé à me transformer et que quand on me dit qu’on ne me reconnaît pas, je prends ça pour un compliment 😅.

Cette année, je me suis aussi demandé pourquoi on avait si peu d’imagination en ce qui concerne les femmes, pour qu’il soit encore tant attendu d’une belle-doche qu’elle soit celle qui câline, qui joue, qui cuisine, qui entretient, qui soutient, qui aide, qui materne, qui réconforte, qui panse… Certaines sont ravies d’être des mamans bis, mais pas toutes et vous êtes encore trop nombreuses à vous écharper régulièrement avec votre conjoint ou conjointe au sujet du rôle que vous jouez dans la vie de leur(s) enfant(s). Est-ce qu’on ne pourrait pas se dire qu’en 2024 il serait sacrément temps d’exploser les petites cases dans lesquelles on essaie trop souvent de nous glisser ? Parce qu’on a beau faire famille, une belle-doche n’est pas une baby-sitter gratos, une cuisinière bénévole, une lingère peu chère… le couple hétérosexuel est une aubaine pour les hommes, mais la famille recomposée est rarement une aubaine pour les femmes. Alors qu’il y aurait tant de choses positives à vivre et de bénéfices à « en tirer ». Si la famille recomposée est parfois vécue comme une sacrifice c’est parce qu’elle représente une somme de devoirs qui ne s’équilibre d’aucune manière avec les droits qu’elle nous alloue (spoiler alert : nous n’en avons aucun). Pourtant, si chacune était libre d’inventer le rôle dans lequel elle se sent bien, sans pression à être plus impliquée, plus autoritaire, plus fun, plus ceci et moins cela, il y a fort à parier que la famille, recomposée ou non, (et notre conception de celle-ci) en bénéficierait largement.

Et pour finir, parce que c’est déjà un peu long… à propos des droits que nous n’avons pas, je sens que l’envie de me marier avec mon amoureux se fait de plus en plus présente. Je n’ai jamais été une grande fan du concept mais je dois bien avouer qu’en plus de l’aimer profondément et d’être sûre d’avoir envie de faire un bon bout de chemin avec lui, n’être RIEN légalement creuse un sillon, de moins en moins superficiel, de douleur. Parce qu’être belle-doche, qui plus est sans enfant commun avec le père ou la mère de nos beaux-enfants, c’est être dans une position de fragilité : sans “contrat” ni progéniture qui nous lie à l’autre, nous ne sommes pas grand chose aux yeux de la loi (et ça pourrait ne pas être important, mais ça l’est 😬). Une compagne, l’amoureuse de papa ou de maman, mais rien de plus. Nous ne sommes même pas obligés de faire feuille d’imposition commune (OK, c’est parfois mieux ainsi) et je me demande si ce besoin de lien serait aussi fort s’il n’y avait pas déjà un enfant dans l’équation. Dans mon cas, je crois que ça n’a rien à voir avec une sorte de jalousie primaire envers l’ex qui pousserait à vouloir nouer le noeud (pas merci Google trad), mais je ne peux pas évacuer que ça puisse faire partie des raisons. Ce que je sais c’est que j’ai envie de crier sur tous les toits que l’on s’aime et de faire une méga teuf pour acter encore un peu plus la famille que nous construisons. Alors voilà, j’ai toujours un paquet de questions mais j’ai une somme encore plus importante de désirs, de projets et d’envies en ce qui nous concerne. Je vous souhaite d’avoir les mêmes élans et de trouver un peu de douceur, d’acceptation et de reconnaissance en 2024.

Que cette année vous soit douce et épanouissante ! Je vous embrasse,

la belle-doche du 94


Marine a 34 ans, elle vit en Bretagne avec son conjoint et les deux fils de celui-ci. Au quotidien, Marine doit jongler entre se faire une place, définir son rôle et accepter l’implication de deux mamans complètement différentes dans leur vie de famille recomposée au carré.

Marine, peux-tu te présenter ?

J’ai bientôt 34 ans, j’habite dans en Bretagne et je vis en famille recomposée avec mon mec et ses deux garçons de 5 et 11 ans, nés de deux mamans différentes. On était un peu potes, ça faisait plus de 10 ans qu’on se côtoyait lorsqu’il s’est séparé il y a deux ans et demi. Je me suis séparée moi aussi il y a un an et demi et on s’est mis ensemble il y a un an. À un moment, on a discuté un peu plus que d’habitude et on ne s’est jamais quittés depuis, ça a été un véritable coup de foudre auquel ni l’un ni l’autre ne s’attendait. D’ailleurs, je n’étais pas du tout prête car je n’étais pas encore remise de la rupture de mon histoire précédente, mais je n’ai pas vraiment eu le temps de comprendre ce qui m’arrivait car on s’est tout de suite aimés très fort. Je savais qu’il avait deux enfants de deux mamans différentes et je n’ai pas eu le temps de me poser la question de savoir si ça me faisait peur, je me suis retrouvée prise dans le tourbillon, à gérer un déménagement, une rupture, le début d’une autre histoire. J’ai réfléchi mais je n’ai pas posé les choses, je les ai prises comme elles venaient, de manière hyper naturelle, sans jamais me dire “au fait ça risque d’être compliqué tout ça”. 

Au début, je n’en ai pas parlé à beaucoup de gens : parce qu’il y en a qui je n’avais pas envie d’en parler, parce que j’avais envie d’être sûre de moi, mes proches étant proches de mon ex et parce que comme nous vivons dans une petite commune et que tout se sait, je n’avais pas envie de mêler les enfants à des histoires d’adultes. Mon mec était dans cette optique-là aussi. Ça nous a permis de poser des bases, de créer un petit cocon. On ne se cachait pas mais on ne se montrait pas ouvertement.

Comment s’est passée la rencontre avec ses fils ?

Comme je n’avais pas de maison dans le coin, que je vivais dans une autre région au moment où notre histoire a commencé, soit j’allais chez mes parents, soit j’allais chez lui. Comme on avait tout le temps envie d’être ensemble, on a décidé que je viendrai chez lui et que je les rencontrerai, mais ça ne faisait même pas deux semaines qu’on était ensemble ! J’étais déjà là quand ils sont arrivés un jour, car en télétravail, et je suis partie juste avant pour les laisser se retrouver. Je suis allée courir et quand je suis revenue, il m’a présentée comme une amie qu’on hébergeait. On est très instinctifs tous les deux et si on avait vu des signaux d’alarme, on ne l’aurait pas fait. Notre deuxième week-end ensemble a donc été un week-end avec les enfants ! C’était il y a un an et j’ai l’impression que ça fait 10 ans. Comme les enfants sont à la maison du mercredi soir au vendredi et un week-end sur 2, je les aurais rencontrés assez rapidement dans tous les cas. Ça s’est très bien passé, on a passé un week-end totalement normal comme on en passe aujourd’hui et je n’arrive pas à me rappeler de ce qu’on a fait. Ce dont je me souviens, c’est que c’était bizarre, que je ne savais pas comment me positionner. J’étais très curieuse de les rencontrer, j’essayais d'interagir avec eux mais j’avais une petite barrière qui me disait “attention ça fait 10 jours, ce sont des gamins, tout ce qui se passe est irréel. Je me souviens de tous les stress d’une première découverte : on s’observe, on se fait des petits sourires etc.

“Après avoir vécu deux séparations, il n’avait pas envie d’officialiser quoi que ce soit, pour les protéger et pour se protéger de la mère du petit”

Quand as-tu été présentée comme “l'amoureuse de papa” ?

C’était bizarre parce que petit à petit, sans trop rien dire, on a laissé les choses se faire. Au début, je gérais ma maison avec mon ex donc je continuais à faire des allers-retours entre nos deux villes. On s’était mis une règle de "tel jour à tel jour je vais chez mes parents” et en fait c’était ridicule parce qu’on la tenait pas. Le grand avait 10 ans et il voyait bien qu’on dormait dans le même lit, donc il a commencé à en parler à son père. Mais après avoir vécu deux séparations, mon mec n’avait pas envie d’officialiser quoi que ce soit, pour les protéger et pour se protéger de la mère du petit. Quand ils posaient des questions, on leur répondait, mais on ne se faisait pas de bisous devant eux par exemple. Mon mec avait souffert de sa dernière séparation et il avait cette expérience d’une première recomposition qui s’est mal terminée. Je pense qu’on a commencé à se faire des bisous devant les enfants au bout de six mois, quand le petit nous a semblé plus apaisé quant à la séparation de ses parents. Mais avant ça, mon mec a pris le grand à part pour lui dire “Marine, c‘est mon amoureuse” et le grand lui a dit “bien sûr, je savais”. Quand son petit frère lui a demandé “Marine c’est l’amoureuse de papa ?”, il lui a dit “ben oui” et le petit a répondu “ah ben moi je l’aime bien Marine”. 

collage mixte : Anaïs Richardincollage mixte : Anaïs Richardin

Avez-vous discuté du rôle que tu jouerais auprès des enfants ?

On n’a jamais discuté de tout ça parce qu’on fait à l’instinct, si un truc nous interpelle, on en fait part à l’autre. On a tous les deux des expériences de forts conflits et donc on se parle bien, quoi qu’il arrive. On fonctionne de la même manière sur beaucoup de choses et ça se passe souvent de discussions. On anticipe aussi pas mal de choses mais on ne s’est jamais posé pour parler de tout ça. Petit à petit je me suis fait ma place, même si ça n’a pas été facile. Il me disait “il faut que tu prennes ta place”, moi je trouvais ça un peu dur, je ne peux pas m’imposer comme ça, l’autorité ne vient pas comme ça. J’ai commencé à m’occuper des garçons quand leur papa n’est pas là et j’ai commencé à faire de plus en plus de choses dans la maison, ce qui m’a permis de prendre une part d’autorité en leur demandant de ranger, de laver et parfois je seconde leur père quand je vois qu’il est fatigué. On est encore en rodage mais ça se met en place doucement.

Il n’y a pas longtemps, mon mec m’a dit que le plus grand m’adorait mais qu’au début il n’avait pas envie d’avoir une autre belle-mère, parce que ça s’était mal passé avec la précédente. Quand je suis arrivée, ils sortaient d’un truc relou et avaient enfin trouvé leur équilibre tous les trois. Le petit est trop mignon, je ne pense pas avoir été aussi démonstrative envers mes proches que lui l’est. Il sait quand il fait mal, il sait quand il faut s’occuper des autres… Je sais qu’il aurait voulu rester avec son frère et son père, mais il apprend à se dire que ce ne sera plus comme ça et moi j’essaie de leur laisser des moments à trois. Parfois, je prends même le petit pour aller faire des choses et laisser leur père avec l'aîné.

Pour le petit c’est plus compliqué parce qu’il y a quelques mois il me disait “mais pourquoi t’es chez nous?” “c’est pas ta maison” il ne l’a jamais dit pour piquer mais il avait aussi besoin de se rappeler à lui-même que sa mère avait vécu là “ah ma maman elle s'asseyait là”. Il n’y a pas longtemps, il m’a dit “tu n’es pas de notre famille, tu n’as pas le même nom de famille que nous”. On lui a expliqué qu’il avait une famille avec maman, une famille avec papa et une famille avec maman et papa, et il a compris et m’a fait un gros câlin. Chacun prend le temps de laisser sa place à l’autre, on a ce truc de s’aimer mais de se laisser de l’espace, c’est très bienveillant. 

“Je fais partie d’un groupe de belles-mères où tout le monde crache sur les ex, moi je n’avais pas envie de rentrer dans ce truc, chacun fait pour le bien de l’enfant, on n’est pas obligés d’être potes mais si on peut même échanger des “bonjour” c’est quand même mieux”

Tu disais que les enfants ont deux mamans différentes, comment cela se passe-t-il avec deux ex ? 

C’est hyper particulier. Quand on voit les enfants, on dirait deux frères, ils sont très fusionnels avec leur papa et il y a un truc génial entre eux. Quand on est la seule fille de la maison, ce n'est d’ailleurs pas toujours évident ! Mais ce qui n’est pas facile c’est que les mamans ont toutes les deux un fonctionnement complètement différent. La maman de l'aîné fait tout pour son enfant, au début elle avait des questions sur qui j’étais, sur la nature de notre relation et elle avait envie de savoir avec qui vivait son enfant. Ce qui est hyper légitime, sachant qu’avec que ça ne se passait pas très bien avec son fils et sa première belle-mère et qu’il a souffert, à la rupture, d’être séparé de son frère. Parfois, elle envoie de longs messages pour se plaindre de l'organisation, mais ça ne me regarde pas, c’est leur relation pour leur fils, et petit à petit j’apprends à encaisser. Avec la maman du petit, en revanche, c’est plus compliqué. Déjà parce que la séparation a été très complexe entre les deux parents et qu’elle ne me paraît pas très stable. Pendant deux ans, je crois qu’elle a pensé qu’ils se remettraient ensemble mais quand elle a compris que j’existais, elle a d’abord été très énervée, puis elle a essayé de le reconquérir… Elle pense qu’elle fait tout bien pour son fils mais elle ment à tout le monde, elle raconte des ragots, elle pète souvent les plombs. Elle est associée à mon mec, avec qui elle partage le même lieu de travail et elle ouvre le courrier qui ne lui est pas destiné, par exemple. Tous les mercredis, quand on récupère le petit, il est archi tendu et il s’apaise au fil des jours avec nous.

Je fais partie d’un groupe de belles-mères où tout le monde crache sur les ex, moi je n’avais pas envie de rentrer dans ce truc, chacun fait pour le bien de l’enfant, on n’est pas obligés d’être potes mais si on peut même échanger des “bonjour” c’est quand même mieux. Pour l’instant, on n’y est pas. Mais en fait je me suis rendu compte que la mère du petit raconte des choses sur nous, qui nous reviennent aux oreilles… elle n’a aucune raison d’avoir une animosité envers moi mais pour elle j’ai “volé sa famille”, a -t-elle dit par texto à mon mec. Souvent, elle a des réactions très particulières qui ne sont pas agréables pour nous, elle fait des choses qui me gonflent et je ne partage pas du tout ses valeurs éducatives. Elle change l’agenda à la dernière minute quand ça l’arrange. Elle se démerde toujours pour qu’on n’ait pas le choix mais comme il ne faut pas que le gamin en souffre, on fait avec. Je déteste qu’on m’impose des trucs mais alors venant d’elle ça me donne des boutons. Peut-être qu’avec le temps les choses pourront s’apaiser à certains niveaux, que ce soit entre eux, qu’elle accepte que j’existe etc. Pour mon mec c’est normal qu’elle fasse chier, donc il n’est pas surpris mais moi je n’ai rien demandé.

Elle s’est aussi barrée pendant deux semaines en vacances et a collé son fils chez ses grands-parents, les parents de mon mec, plutôt que de nous demander. Eux ont eu trois belles-filles différentes en 10 ans et ils sont en deuil de ça. Ça prend du temps de leur côté, même s’ils respectent notre relation. Ils sont trop contents de voir leur petit-fils et considèrent qu’ils devraient le voir plus que moi. Pour l’instant, je ne suis pas assez intégrée à leurs yeux. “Toi tu vois comment il grandit, nous pas”. C’est ça aussi être une belle-doche, c’est se voir reprocher des trucs dont tu n’es absolument pas responsable. Le seul truc dont tu es responsable c’est d'être amoureuse d’un mec qui a déjà des gamins. Je n’ai pas envie de prendre un rôle de maman, ça ne m’intéresse pas du tout, moi je suis à 50% du temps avec eux et j’ai envie de partager des choses avec eux parce que je les aime. C’est quand même dur d'être coupable d’un truc positif.

“On était hyper tristes parce que soit on trouvait une solution, soit c’était fini, et c’est la première fois que je me suis vue réfléchir en mode “et si je n’en avais pas ?”

Avez-vous des projets pour votre famille recomposée ?

J’ai besoin de me projeter, c’est plus un but qui me fait avancer, tout en sachant que ce ne sera pas forcément exactement ce que je m’imagine. Il y a un sujet sur lequel on n’était pas raccord, celui des enfants, qu’on a abordé dès le deuxième soir. Il a vu le problème tout de suite, “elle n’a pas d’enfant, elle va en vouloir”. Je veux des enfants depuis que je suis toute petite, en effet. J’ai 34 ans, je me suis laissé le temps pour en faire mais c’est viscéral comme besoin, je ne vois pas comment je pourrais changer d’avis. Au bout d’un peu moins de six mois de relation, ça a commencé à vraiment me travailler. Je savais que j’étais très attachée aux enfants, et qu’eux aussi étaient attachés à moi et ça m’a fait un électrochoc en mode “il ne faut pas qu’on joue les idiots” donc je lui ai dit qu’on ne pouvait pas continuer comme ça en sachant qu’on n’était pas d’accord sur le sujet. Là, ça a été un peu dur, il a pris conscience de certaines choses et il a pensé à ses gamins en mode “merde qu’est-ce qu’on fait” puis “mais je veux pas d’enfant en fait”. On était hyper tristes parce que soit on trouvait une solution, soit c’était fini, et c’est la première fois que je me suis vue réfléchir en mode “et si je n’en avais pas ?”. Puis je me suis dit que je ne pouvais pas, que j’en avais vraiment envie et que je ne voyais pas comment cette envie pourrait me passer. Surtout quand je vois les gars avec leur père, ça me donne encore plus envie. Il m’a dit “bon ben j’ai pas trop le choix, soit je me fais à l’idée soit tant pis pour nous.” J’ai trouvé ça dur de le voir comme ça mais oui, c’était bien résumé. C’est évident que sa peur première est d’avoir déjà imposé la séparation à deux enfants, et plus jamais il ne veut ça. Aujourd’hui, il leur fait des allusions en mode “quand vous aurez un petit frère ou une petite soeur” et les enfants se font à l’idée. Mais il m’a dit “si un jour on a un enfant, tu n’as pas le droit de me quitter”. Ça peut passer pour de la pression mais il ne veut juste plus de cette épreuve de la rupture. Même si être en famille recomposée est déjà une épreuve qui prouve pas mal de choses. Moi, je me pose la question dans l’autre sens, je n’ai pas envie que ça arrive à nouveau parce que c’est déjà arrivé deux fois ! 

“Je ne sais pas si c’est le fait d'être belle-mère ou si tu peux être belle-mère parce que tu as un ce trait de caractère mais la résilience est au cœur de nos vies”

Reçois-tu du soutien pour t’aider dans ton quotidien de belle-doche ?

Parfois, ça m’arrive de raconter des choses à quelques personnes très proches, ça me fait du bien de ventiler. J’en parle aussi à mes copines, mais certaines copines qui sont déjà mamans ne comprennent pas du tout. Je racontais, par exemple, que j’avais croisé le petit à la médiathèque avec sa mère et qu’elle avait tout fait pour m’éviter et pour qu’il ne me voie pas. Je me suis dit qu’elle voulait juste me rayer de son existence, ça faisait cinq jours que je ne l’avais pas vu, j’avais qu’une envie c’était d’aller lui faire un bisou et j’ai trouvé la réaction de la mère malsaine. Mes copines n’ont pas vu où était le problème. Je me demande si quand tu deviens mère, tu n’adoptes pas un peu ces réactions de mères-louves, cet instinct hyper virulent et pas forcément gentil ? On était entre copines et l’une racontait qu’elle avait couché avec un mec qui avait une petite fille et là deux de mes copines qui sont mamans lui sont tombées dessus en lui faisant la morale, elles se sont tout de suite mise à la place de la mère parce qu’elles ne voudraient pas que ça leur arrive. J’ai essayé de dire stop parce que je trouvais ça hyper irrespectueux et j’espère que je ne réagirais pas comme ça plus tard. Je ne sais pas si c’est le fait d'être belle-mère ou si tu peux être belle-mère parce que tu as un ce trait de caractère mais la résilience est au cœur de nos vies. Tu es souvent en retrait, ou en tout cas tu n ‘es pas la priorité et même si tu apprends à ne pas être la priorité quand tu deviens parent, être beau-parent ce n’est pas le même apprentissage du tout ! 

Côté ressources, je suis dans un groupe de parole, je lis ta newsletter et j’écoute le podcast The Cool Stepfamily, j’essaie de ne pas faire plus parce que je n’ai pas envie que ce soit un truc qui me définisse non plus. Je n’ai pas envie d'en faire une affaire d’état parce que ça se passe bien et il ne faut pas que j'oublie que je suis une personne à part entière, pas qu’une belle-doche.

Si tu avais le pouvoir de changer quoi que ce soit à ta famille recomposée, que changerais-tu ? 

A part l’intrusivité des ex, rien ne me vient. Je n’ai pas envie de dresser un tableau idéal parce que ce n’est pas tous les jours facile mais la vie de parents c’est pareil, il y a des choses hyper dures, le seul truc c’est que nous, on ne l'a pas demandé. Je suis là, j’ai décidé de rester donc je ne vois pas ce que je changerais. Ça se passe bien et je n’ai pas envie de changer ça, on a un équilibre qui nous ressemble. 

Merci d’avoir lu ce témoignage 🙏🏼


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