Belle-doche

Belle-doche, c'est le rendez-vous bi-mensuel qui permet de mieux comprendre la belle-maternité et qui donne la parole à ces femmes qui élèvent les enfants des autres

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Par Anaïs Richardin
32 articles
17 janv. · 11 mn à lire
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Aurélie "Ça me perturbe beaucoup qu’on ne soit liés par rien à l’heure actuelle "

- refaire famille après avoir entretenu une relation cachée -

Bonjour à toutes et à tous !

Cette semaine, tout le monde reçoit la newsletter parce que 1/ je teste un nouveau format et je serais ravie de recevoir vos retours et 2/ pour la première fois depuis que cette newsletter a été créée, j’ai l’immense joie d’accueillir un annonceur. Un annonceur, pour celles et ceux qui n’auraient pas fait publicité LV2, c’est une marque qui me rémunère pour afficher un petit message à caractère informatif dans ma newsletter. Mais attention, on est exigeante de ce côté de l’écran, alors ce n’est pas une pub pour du collagène (je ne sais pas ce qu’on toutes les influenceuses avec ça en ce moment) ni pour des vêtements jetables fabriqués par des Ouïghours. Vous le verrez, c’est un peu plus bas 🤓. Passé ce moment pub, en voilà déjà venir un autre puisque d’ici quelques jours, Belle-doche sera également disponible dans un format condensé (pour les plus pressées) sur Elle.fr. Dire que je suis joie devant ces deux nouvelles serait une litote. C’est un putain de début d’année, et je voulais partager ces bonnes nouvelles avec vous, sans qui cette newsletter n’existerait pas. Voilà qui est dit, retournons donc à nos moutons !

J’ai découvert il y a peu la publication “La souffrance des marâtres”, écrit par la psychanalyste et psychologue Susann Heenen-Wolff pour le site belge yapaka.be (une initiative gouvernementale pour lutter contre la maltraitance, on dit oui !) Il se lit assez rapidement (34 pages) et je me demande comment j’ai pu ne pas tomber dessus avant. C’est une mine d’infos pour celles qui débarquent en territoire “recomposé”. L’autrice estime d’ailleurs que ce terme n’est pas idéal car “parler de recomposition exprime l’idée d’un retour à un état antérieur, il suggère une restauration, une réparation du système familial”. Or la nouvelle entité que l’on compose n’est pas une nouvelle famille qui se substitue à une autre, puisqu’aujourd’hui, la famille recomposée étant le plus souvent issue de séparations volontaires et non du veuvage comme par le passé, plusieurs “espaces familiaux cohabitent” désormais.

Ce petit guide est aussi un puits de réassurance pour celles qui luttent pour se faire une place ou qui se débattent contre des sentiments ambivalents à l’égard de leurs beaux-enfants. Si vous avez un bouquin à vous passer sous le manteau entre belles-doches, c’est celui-ci (ceci dit, il n’est dispo qu’en PDF, ça rend le deal plus compliqué). On se sent comprises et vues et ça fait du BIEN. En conclusion, l’autrice écrit notamment que “l’absence de cadre légal peut peser lourd sur le quotidien concret des familles recomposées, mais si elle pèse probablement aussi lourdement, c’est qu’elle témoigne de l’absence de reconnaissance symbolique, qui affecte tout spécialement la situation de la belle-mère : c’est une femme, pas vraiment une mère, qui n’est inscrite nulle part dans une quelconque transmission psychique ou relationnelle”. Ça vous parle à vous ? Je vous laisse le découvrir, mais avant plongez dans le témoignage d’Aurélie qui a du mal avec cette notion de famille recomposée, notamment parce que les débuts de son couple furent plus que chaotiques.

Bonne lecture !


Ceci est une réclame

Si je vous dis “écrans” et “famille”, vous pensez à quoi ? Pour moi, ce sont les soirées Trilogie du samedi ou les plats de pâtes alphabet devant Flash, avec mon père. Des rituels familiaux qu’on a recréés avec le bel-ado. Friends a remplacé Charmed (ça s'appelle du retrowatching, ouais ouais) et Sex Education s'avère être un outil pédagogique mille fois plus pertinent qu’Aphrodisia (que je regardais en cachette sur RTL9). Parce que la fiction peut être un véritable support de discussion, de lien familial, d’ouverture d’esprit aussi (la scénariste que je suis prêche un peu pour sa paroisse), Netflix s’est associé à L’Observatoire de la Parentalité et de l’Éducation Numérique pour réaliser l’étude « Ensemble, les écrans une affaire de famille » et comprendre ce qui se passe dans nos foyers autour de nos écrans. Et si chez vous aussi il y a bataille pour le choix du film, filez direct à la page 32 !

Aurélie a 44 ans, elle vit en couple avec un homme qui a deux enfants de 19 et 12 ans et elle est mère d’une fillette de 10 ans . Elle nous raconte les difficultés à construire une famille recomposée sur le brasier d’une histoire d’amour née d’un adultère et évoque la manière dont elle a réussi à se faire accepter des enfants de son compagnon, avec qui tout avait très mal démarré.

J’ai 44 ans, j’habite à Amiens, et j’ai rencontré mon compagnon actuel au travail. Ça faisait une quinzaine d‘années qu’on travaillait dans la même boite mais on s’est vus sans se voir pendant une bonne douzaine d’années. Nous étions tous les deux dans des relations longue durée : 23 ans pour lui, 15 ans pour moi. Il a deux enfants, une grande de 19 ans et un plus jeune de 12 ans, et j’ai une fille, de 10 ans. Lorsqu'il a eu une promotion et qu’il s’est retrouvé dans le même service que moi, on a commencé à apprendre à se connaître et il a eu un coup de foudre. Moi, je ne savais pas trop si c’était du lard ou du cochon parce que c’est un mec très droit dans ses bottes, qui parlait tout le temps de sa femme, de ses gosses etc. Le fait qu’il soit marié, pour moi ce n'était pas bien. On a joué au chat et à la souris pendant des mois et à un moment, il a fallu que j’arrête de nier l’évidence : j’étais en train de tomber amoureuse. Ça a été très dur pour moi de faire ce constat, parce que je sacralisais vraiment ma famille, c’était nous trois contre le reste du monde et briser ça a été un effondrement. Surtout pour un homme que je ne connaissais pas tant que ça. Mais je me suis aussi dit que si je commençais à avoir des vues sur un autre c’est que mon couple était fini. 

“Ca a été trois mois de relation passionnelle, intense et je ne pensais ni à sa femme ni à ses enfants. On était dans une bulle. Mais ça a aussi été trois mois d’une souffrance intense”

Construire une relation après 15 et 23 ans de vie avec d’autres

J’ai mis un terme à 15 ans de relation avec le papa de ma fille et je suis devenue la maîtresse de mon compagnon actuel. C’était le truc le plus abominable du monde. Pour moi, je devenais vraiment la pute, la salope, la traînée… Ça a duré trois mois. Trois mois de relation passionnelle, intense, pendant lesquels je ne pensais ni à sa femme ni à ses enfants. On était dans une bulle. Mais ça a aussi été trois mois d’une souffrance intense. Plus on avançait, plus je tombais amoureuse. Je lui disais ne rien attendre de lui mais au bout d’un moment, il m’a annoncé qu’il quittait sa femme. Aujourd’hui, je n’arrive pas à éprouver de la nostalgie pour cette période de notre histoire, c’est censé être le plus beau moment mais pour moi c'était surtout le plus douloureux. Quand il l’a annoncé à sa femme, ça a été le début de la fin. Elle a un très fort caractère et elle n’a pas du tout accepté de se laisser quitter. Sous le coup de l'émotion, elle a tout déballé à ses gosses. Le petit de 10 ans a su que son père avait trompé sa mère, la grande aussi. Ça a été compliqué, le père de cette femme s’en est mêlé et au bout de 15 jours, mon mec a fini par me dire “je choisis ma famille, on arrête là”. C’est fou parce que j’ai perdu mon père il y a 10 ans et je n’ai pas autant souffert. Je crois que même le père de ma fille, je ne l’ai pas autant aimé que je l’aime, lui. Alors que je crevais sur place et que je ne voulais plus le voir, il a commencé à revenir me voir pour des conneries du genre “t’as pas un Doliprane” et autres. Je lui ai dit que c’était fini et que je ne serai plus jamais sa maîtresse. 

Son ex n’arrêtait pas de lui demander ce qui s’était passé entre nous et j’ai proposé de la voir. Il m’a dit “ t’es folle elle va te démolir psychologiquement, tu ne sais pas de quoi elle est capable”, je voulais qu’elle mette un visage sur celle qu’elle avait traité de pute par texto. Il a fini par me donner son numéro. J’avais ce besoin et ça a démêlé bien des choses. Elle a accepté qu’on se voie, elle est venue me chercher et m’a trimballée jusqu’à une route de campagne où elle aurait pu me mettre un coup de pelle (rires). Je voulais la voir pour m’excuser. Pour moi c’est inadmissible d’avoir été la maîtresse mais j’ai été emportée par mes sentiments. Elle alternait entre la colère, la tristesse, elle est passée par mille états en une heure. Quand elle m’a ramenée au boulot elle m’a dit “tu sais, je sais tout hein… Je sais où sont placés tes tatouages par exemple”. Le coup de massue. Dans son regard, il y avait de la jubilation. À partir de ce moment-là, elle a commencé à changer de comportement et ça a été la guerre froide avec mon mec. Pendant deux semaines, il est resté dans l’ambivalence puis il est venu me retrouver pour Noël et on ne s’est plus quittés.

Faire accepter cette nouvelle relation aux enfants

Il est parti de chez lui avec un gant de toilettes et une serviette, alors que moi j’étais encore en coloc avec mon ex. Ma séparation s’est passée le plus pacifiquement possible et dès que j’ai eu mon appart, mon mec m’a rejointe. Ses enfants ne voulaient plus lui parler, il essayait de m’introduire dans la conversation mais c’était un rejet en bloc. La grande m’a envoyé un sms bien salé, quand elle a découvert l’histoire, en me traitant de sorcière manipulatrice qui avait envoûté son abruti de père. Les deux enfants me détestaient pourtant, au bout de quatre mois, je vivais avec leur père. Ils ne voulaient plus le voir ni entendre parler de moi et la grande a menacé de casser la gueule de ma fille si elle la croisait. Les gardes n’étaient pas encore mises en place donc ça n’aidait pas.

“J’en avais subi assez et je n’avais jamais été insultée comme ça, encore moins par un enfant. Là on s’est dit “ok c’est mort”

À l’été, il a proposé à son fils de partir avec nous en vacances, mais ce dernier a pété un câble au téléphone et lui a dit “c’est avec toi que je veux partir, pas avec elle, c’est une salope, c’est une grosse pute, je veux qu’elle crève”. Il était tellement choqué d’entendre son fils parler comme ça. J’ai pris le téléphone et son fils m’a balancé un “ferme ta grosse gueule t’es qu’une salope”, j’étais mortifiée. Je lui ai dit que je ne pouvais pas supporter ça. J’en avais subi assez, jamais je n’avais été insultée comme ça, encore moins par un enfant. Là on s’est dit “ok c’est mort”.

collage papier : Anaïs Richardincollage papier : Anaïs Richardin

Un jour, sa grande qui venait de se faire larguer est venue à la maison . Je les ai laissés discuter tous les deux puis, au bout d’un moment, je suis venue parler avec elle, comme j’aurais pu le faire avec une nièce. Petit à petit, l’ambiance entre nous s’est réchauffée, et elle est restée chez nous deux jours. Par texto, ensuite, elle m’a écrit “je te remercie pour ton écoute et tes conseils” et moi j’ai répondu qu’il fallait qu’elle tienne bon et que je la remerciais d’être venue, que ça n’avait pas dû être facile pour elle. Et à partir de là, terminado, c’est comme si rien ne s’était passé avant ça. Maintenant, tout va très bien entre nous. Elle a eu de grandes discussions avec son père, pour lui dire qu’elle ne lui pardonnerait jamais mais qu’elle était heureuse qu’il soit heureux. Elle s’est bien rendu compte que je n’étais pas une connasse ! Et sans me lancer de fleurs, même avant ce changement radical, j’ai tout fait pour qu’il maintienne le lien avec sa fille, qu’il conserve des moments privilégiés avec elle pour qu’elle ne se sente pas abandonnée par lui. Elle avait encore besoin de moments père/fille et elle s’est rendu compte que je ne lui volais pas son père. 

Laisser passer la colère et tenter de créer du lien

L’anniversaire de mon mec est arrivé et son fils lui a demandé ce qu’il voulait. Il lui a répondu qu’il souhaitait juste un repas tous ensemble. Je n’étais pas très chaude, pour moi c’était de la TNT ce repas. Je ne voulais pas que ma fille soit au courant de tout le contexte de notre rencontre et j'avais vraiment peur qu’elle soit exposée à ça. Mais au moment du repas, son fils n’était plus du tout en colère, c’était un autre gosse. La grande avait dû le briefer ! Là où ça s’est compliqué, c’est quand la garde s’est installée, trois ou quatre mois après. Le petit ne voulait pas venir. Il s’est scotché à sa mère au moment de la séparation, il dormait avec elle et elle n'a rien fait pour qu’il y ait une continuité de lien. Je me dis que j’aurais peut-être fait pareil mais j’ai une copine qui subit le même scénario et je vois bien comment tu peux être trompée et préserver tes enfants. Là où son ex a merdé, c’est que non seulement elle ne les a pas préservés, mais elle s’en est même servis comme d’une arme contre lui. Les conséquences, c’est qu’il y a eu une grande cassure entre le père et son fils. Une nuit, alors qu’il faisait des crises d’angoisse à en gerber, il nous a dit qu’il avait peur que je l’empoisonne. Il avait peur qu’on complote contre lui quand on se parlait entre adultes, et au retour de chaque week-end passé chez nous, il racontait tout par le menu à sa mère, qui envoyait ensuite un texto de 10 kilomètres de long dans lequel elle commentait tout ce que j’avais pu dire. 

“Une nuit, il a fait une grosse crise d’angoisse, j’ai vu que ce n’était pas de la comédie et ma colère envers ce gamin s’est évanouie”

Avant qu’il vienne chez nous, je me suis ultra documentée, je ne suis pas arrivée dans ce rôle de belle-mère la fleur au fusil. J’ai lu qu'au début il fallait maximiser les rencontres et activités dans un espace neutre, j’ai donc proposé d’aller à Center Parcs pour qu’on crée du lien. On lui a fait la surprise et le gamin est devenu blême, il s’est braqué parce qu’on ne lui avait rien dit et dans la voiture il n’a pas arrêté d’envoyer des SMS. Sa mère était furax, elle a dit à mon mec “vous n’avez pas honte, il aurait fallu que je sois prévenue” ! Il faut dire que sa convention de garde, elle la connaît à l’alinéa près. Pour elle, ne pas avoir prévenu son fils c’était de la maltraitance. On est quand même loin des sévices psychologiques, là. Elle, en revanche, nous envoyait des messages très violents, aussi bien pour mon mec que pour moi. J’étais la “compagne actuelle”, mais j’ai été promue depuis, je suis désormais “la nouvelle famille”. Sur conseils de son avocate, elle a limité l’envoi de textos, aujourd’hui ils sont plus secs, et ce sont plus des rappels sur le fait qu’e mon mec n’a qu’un droit de visite et d'hébergement. Cette femme est avocate, psychologue, médecin à ses heures perdues. Il y a eu une période où on avait droit à des proverbes et des mantras comme “la vérité prend l’ascenseur, le mensonge l'escalier”.

Pour en revenir à son fils, au moment de Noël, je lui ai dit que s’il voulait s’habituer à nous, à sa nouvelle chambre, il fallait qu’il vienne plus régulièrement, que ce n’était pas en venant un nuit de temps en temps qu’il allait y arriver. Une nuit, il a fait une grosse crise d’angoisse, j’ai vu que ce n’était pas de la comédie et ma colère envers ce gamin s’est évanouie. Je lis plein de choses sur la psychologie de l’enfant donc j’ai passé énormément de temps le soir à l’aider à respirer, je lui donnais des petites astuces et c’est comme ça qu’on a développé un lien de confiance. Je n’étais pas que la marâtre, celle qui lui avait volé son papa, je m’occupais de lui comme je m’occupais de ma fille et il s’en est rendu compte au fur et à mesure des visites. En plus, on a pas mal de points communs comme les jeux vidéo, la culture pop, parce que je suis une grande gamine (rires).

Faire avec l’indifférence à l’égard de ses beaux-enfants

 Aujourd’hui, on a emménagé dans une maison, on a plus d’espace, mais j’ai quand même beaucoup de mal quand mon beau-fils est là parce que c’est un gamin très envahissant. Il est bruyant, il parle tout le temps, il fait du bruit quand il mange etc. Sa sœur a 19 ans et vient quand elle veut, comme elle veut, donc c’est un peu un enfant unique, un enfant roi. Il veut prouver qu’il existe. Si demain mon mec me dit qu’il veut la garde alternée complète, je vais mal le vivre. Déjà qu’à partir du mercredi je commence à avoir une boule au ventre… En plus, je culpabilise car je vois comment mon mec s'investit énormément auprès de ma fille. Moi je ne lui rends pas la pareille avec ses enfants et il sait très bien que la venue de son fils est pénible pour moi. Je me modère énormément, parce que les enfants c’est un sujet touchy, alors souvent je triche un petit peu je lui dis “ce serait bien que tu passes un moment père/fils”. Comme ça on a tous les deux des temps seuls avec nos enfants respectifs.

Surtout que ma fille et son fils peuvent être tant complices que rivaux. Il y a une vraie jalousie de la part de mon beau-fils de la relation que ma fille a avec son père vs la relation qu’il a avec moi. Un jour, en vacances, il lui a balancé “arrête de monopoliser mon père”. C’est vrai qu’elle peut être pot-de-colle mais ça a été violent pour moi qu’il emploie ces mots-là. Ma fille m’a dit “ça veut dire que je peux même plus jouer avec lui alors ?” Elle pleurait et j’ai essayé de lui faire comprendre pourquoi il avait dit ça. Mais je pense que c’est sain cette rivalité qu’il peut y avoir entre eux, ça ne me semble pas anormal. 

Je pense qu’il y a des choses sur lesquelles il faudrait que je travaille mais je n’ai pas envie de le faire. Ce qui me fait du bien dans tes newsletters, c’est de me rendre compte qu’il y a des vécus différents. Je voyais toujours sur Instagram des profils de belles-mamans hyper épanouies et je ne me reconnaissais dans rien du tout. Ça me rassure de voir les belles-mères qui galèrent, car je me reconnais en elle. J’ai rejoint le groupe Facebook La douceur des hérissons et ça m’a fait du bien, ça te fait relativiser quand tu vois les situations dramatiques que vivent certaines femmes.

J’ai un peu de mal avec les enfants en général, et si je n’en ai eu qu’une c’est parce que les enfants, ce n’est pas vraiment mon truc (rires). Au début de notre histoire, j’ai essayé plusieurs “moi”, je ne savais pas trop comment me positionner à l’égard de ses enfants. Donc au tout début je ne disais rien, je laissais faire mon mec, mais je me suis rendu compte que ca n’allait pas parce que j’étais chez moi, que j’avais le droit de dire des choses quand, vraiment, ça allait trop loin. Je mettais les formes mais je voyais bien que mon beau-fils n’en avait rien carrer. J’ai fini par adopter une autre place : être moi-même. Je suis comme je suis avec ma fille, c’est-à-dire que quand il parle mal à son père, je lui dis, quand je considère qu’il se comporte comme un invité je lui dis aussi, j’ai bien compris qu’il ne m'aimera jamais vraiment. Mais au moins, je sais que ma parole compte et qu’il m’écoute quand je parle. Il me dit souvent “ah oui t’as pas tort”. Si au moins, je peux lui apporter mon côté poil-à-gratter, c’est chouette. Mais il reste certaines choses avec lesquelles j’ai du mal à composer. Je n’arrive pas à accepter la façon qu’il a de m’imposer sa maman constamment, par exemple. J’espère qu’en grandissant ça ira.

“On forme un clan, lui, ma fille et moi. Je n’inclus pas ses enfants car j’ai du mal avec la famille recomposée”

Trouver sa place

J’ai besoin de digérer la place de maîtresse, c’est quelque chose qui m’a vraiment traumatisée, ça m’a salie, y’a pas d’autre mot. On est ensemble depuis 2 ans et demi, ce n’est rien face à 23 ans de vie commune et je me sens vite en insécurité, je doute beaucoup, surtout qu’il m’a quittée comme une merde au bout de trois mois ! Il m'a demandée en mariage cet été et ça m’a vraiment apaisée. Je ne suis pourtant pas très cérémonies mais par cet acte, il me redonne une légitimité. Je ne suis plus la maîtresse, je ne suis plus la salope que l’on baise dans les hôtels, je suis sa future femme. On aurait eu 10 ans de moins, on aurait fait un enfant, je me serais sentie vraiment liée à lui. Ça me perturbe beaucoup qu’on ne soit liés par rien à l’heure actuelle. Je sais que c’est idiot de se dire que faire un enfant ça nous lie. Et dans le mariage avec lui, la seule chose qui m’importe, c’est le fait de s’appartenir. Cet engagement que l’on prend. On forme un clan, lui, ma fille et moi. Je n’inclus pas ses enfants car j’ai du mal avec la famille recomposée. Inclure ses enfants dans ma famille, c’est aussi accepter leur mère et je ne suis pas prête à ça. Je n’aime pas non plus le terme de “belle-mère”. Je suis mère mais pas belle-mère, pour moi le mot “mère” ne peut être rattaché qu’à ma fille. Je sais que mon mec se sent complet quand on est tous les cinq, mais pour moi on est trop. Il aime dire qu’on est une famille, je lui dis que non, nous sommes trois entités : le couple ; ma fille et moi ; son fils, sa fille et lui. Chaque entité lutte pour exister aux yeux des autres et trouver sa place. L’harmonie n’est pas encore trouvée…

Je dois avouer que la richesse de la belle-maternité, je ne la vois pas. La plus grande difficulté pour moi c’est de partager mon homme avec des enfants qui ne sont pas les miens et qui me rappellent sans cesse un passé dont je ne fais pas partie, j’ai toujours l’impression que je ne vaux rien à côté de ces 23 ans et 2 enfants. Car ça me rappelle aussi qu’il a été suffisamment heureux pour vouloir fonder une famille et c’est très dur pour moi.

Merci d’avoir lu ce témoignage jusqu’au bout 🙏🏼


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