Louise "C'est mon beau-fils qui m'a appris à devenir mère"

- Famille nombreuse et enfants séparés -

Belle-doche
14 min ⋅ 04/06/2025

Salut tout le monde !

Il y a deux semaines, je vous demandais si ça ne serait pas intéressant d’imaginer du contenu plus inclusif pour que davantage de père nous lisent. Je retiens des réponses qui m’ont été envoyées que non, ce n’est pas la peine, qu’il ne faut rien changer (mille mercis au passage pour les mots d’amour). Pourtant, il n’est pas rare qu’on me remonte que, malgré le transfert de la newsletter aux principaux intéressés, ceux-ci ne prennent pas le temps de lire et donc de répondre à la demande de dialogue de leur conjointe. Ouais c’est méga sérieux direct, on n’est pas là pour planter des haricots.

Pourtant, la famille recomposée ne va pas de soi. Elle demande des efforts, des ajustements, beaucoup, beaucoup de communication. Elle exige de laisser ses vieux réflexes de côté et d’apprendre, profondément, à écouter l’autre et à accepter de se remettre en question. Un parent qui recompose ne devrait pas se dire que c’est à l’autre d’encaisser, de se plier, de s’ajuster aux contours de la vie qu’il a déjà tracés avant et d’accepter tout ça avec un grand sourire et rien que de la bonne humeur. Pourtant, on en est encore là.

En commentaire d’une
vidéo publiée avec PlanCash récemment il y avait clairement deux camps (3 si on ajoute celui de quelques mères solo qui trouvaient indécent que je dise que la famille recomposée est inéquitable alors qu’on devrait plutôt se la fermer et tout accepter parce qu’on a choisi notre situation, nous). Il y avait donc 2 camps : les BM en mode “chacun fait sa life, je n’ai pas à m’investir ni émotionnellement ni financièrement” et les BM option “j’ai pris le package, j’embrasse tout ce qui vient avec”. La nuance, la voix entre les deux, quasi inexistante. Pourquoi ? Parce que la famille recomposée est un putain d’impensé. Il n’y a que peu de modèles et de littérature sur “comment faire famille autrement”, si bien qu’on a calque les codes de la famille nucléaire ou on porte son indépendance comme une écharpe, le poing levé. No pasarán les kids ! Sauf qu’au milieu il y a un monde. Un monde qu’il est difficile d’imaginer seule, quand cela n’intéresse pas les pères qui recomposent. Je n’ai aucune étude à citer mais je commence à avoir un joli échantillon de la belle-parentalité à portée de mains et vos messages, toujours plus nombreux, sont souvent édifiants (j’adore ce mot).

La semaine dernière, par exemple, j’ai reçu un mail d’une BM qui m’encourage à écrire ce guide pour les pères dont je vous parlais :

Quand je vois le silence de mon chéri lorsque j'ose poster des choses en rapport avec ma condition… on dirait qu'il culpabilise de me faire vivre ça ou qu'il n'aime pas que je m'épanche. Et pourtant je voudrais tellement m'exprimer davantage

Culpabilité ou pas, il serait temps de se bouger le fiac les gars. Ce n’est pas du tout normal que vos nanas passent leurs ressentis sous silence parce que ça vous met mal à l’aise. Vous avez un ou des enfants, un bagage plus ou moins lourd que vous trimballez de votre ou vos couples passés. Ce serait bien de ne pas considérer votre compagne comme un groom bénévole (rapport aux bagages). Bien sûr que c’est compliqué, dérangeant, que ça bouscule des certitudes. Évidemment que c’est inconfortable parce que faire différemment, discuter de ce qui convient à l’autre ou pas va vous demander de faire des efforts, de battre en brèche certains automatismes pour inventer une nouvelle manière de faire. Mais est-ce que ce n’est pas là toute la beauté d’une relation amoureuse ? Inventer des codes à soi, une grammaire qui n’appartient qu’à ce couple-là que vous êtes en train de construire.

Allez, c’est parti pour un #tupréfères. Tu préfères avoir une meuf qui ne la ramène jamais mais qui te quittera dans 10 ans parce qu’elle pètera un câble ou lever, de temps en temps, le couvercle de la cocotte-minute pour éviter qu’elle te pète à la gueule et vivre un amour sain et serein aussi longtemps que possible ? Je suis un peu vulgaire et en plus je tutoie mais c’est que le sujet m’énerve un chouilla.

Certains pères s’informent, s’interrogent et témoignent même par ici, comme
Nicolas ou Rémi. D’autres ne témoignent pas, mais je sais de source sûre (coucou mon amoureux) qu’ils font tout ce qu’ils peuvent pour que la famille recomposée ne soit pas un poids, mais qu’elle soit au contraire un voyage qu’on partage et dont on trace l’itinéraire ensemble.

À vous maintenant mes soeurs d’aventure, ce n’est pas toujours évident d’aborder ces sujets car on touche à la famille, au saaaacré, mais osez parler et ouvrir, petit à petit, des portes que vous n’avez aucune envie de garder fermées. Et transférez à vos mecs cette newsletter avec obligation de la lire, vous saurez trouver le gage adéquat s’ils ne respectent pas la consigne.

Si on recompose, c’est qu’on a déjà fait Koh-Lanta une fois, on devrait donc être un peu plus alerte, un peu plus éveillé sur ce qui fonctionne ou pas pour nous dans un couple. Et peut-être que je me trompe mais jouer au roi ou à la reine du silence ne fait probablement pas partie de la recette du succès. Je vous souhaite donc des discussions apaisées, des règles du jeu qui fonctionnent pour vous toutes et tous et de l’amour, beaucoup d’amour.

Bonne lecture !


Louise, 32 ans, nous raconte comment elle est devenue belle-mère à 22 ans, puis mère de trois filles. Entre bataille juridique pour la garde, accompagnement de son beau-fils et relation conflictuelle avec l'ex-compagne de son mari, elle nous livre un témoignage de 10 ans de famille recomposée. Elle nous rappelle aussi à quel point il est important de préserver les enfants de toutes nos tambouilles d’adultes.

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Belle-doche

Par Anaïs Richardin

J'ai 37 ans, je suis autrice et journaliste et depuis quelques années, j’ai mis un pied dans la fiction. Roman, scénario, podcast, newsletter... j'explore différents sujets et des formes diverses pour raconter des histoires, vraies et un peu moins vraies, avec cette envie nichée au creux d'ouvrir, chez les autres, des petites fenêtres restées closes.

Je vis avec un ado que je n’ai pas mis au monde et j’ai eu envie, en 2022, de tendre l'oreille et mon micro à toutes ces femmes qui vivent, elles aussi, avec les enfants des autres et auxquelles je donne la parole dans "Belle-doche".

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