Olivia "C’est important de déconstruire le rôle de figurante de la belle-doche"

- à propos de titularisation des joueuses du quotidien -

Belle-doche
15 min ⋅ 07/01/2026

Coucou, c’est moi !

On se retrouve pour une nouvelle année que je vous souhaite la plus douce et épanouissante possible. J’aborde 2026 le coeur gonflé d’envies, comme tenir le rythme bi-mensuel de cette newsletter 🙈. Mais il faut que je vous dise, parmi toutes les casseroles que j’ai sur le feu, il y en a une qui va me demander un petit peu plus d’attention que toutes les autres. En juin (ou peut-être avant parce qu’on ne sait jamais ce que la nature nous réserve), je m’éclipserai quelques temps pour accueillir mon premier -et mon unique- bébé.

Ça me fait vraiment bizarre de l’écrire en toutes lettres. Je vous en ai déjà touché deux mots sur mes réseaux sociaux et dans mon autre newsletter, pour celles qui y sont abonnées, mais je ne m’y fais toujours pas. Je ne sais pas combien de temps durera cette pause, ni dans quel état d’esprit je serai au retour mais je peux déjà vous dire qu’il y a de nouvelles questions autour de la famille recomposée qui vont se poser.

On en a déjà abordé certaines à travers les témoignages d’Awa, Pauline, Colombine, ou encore de Julie mais il y a énormément à dire sur ces enfants qui arrivent dans des familles patchwork et sur la maternité quand on est passées par la case belle-maternité. La première question qui m’habite étant “comment je vais faire pour vivre H24 avec un enfant alors que je me suis habituée à vivre tranquillou à mon rythme une semaine sur deux ?”. Je rigole qu’à moitié. Écoutez, si le sujet vous intéresse, je vous ferai des updates régulièrement !

Et si le sujet ne vous intéresse pas, qu’il est douloureux pour vous ou qu’il vous indiffère, ne partez pas en courant ! Il a toujours été important pour moi de tendre un micro aux personnes qui traversent des expériences avec lesquelles je ne suis pas forcément familière, cette newsletter ne va donc pas devenir une succursale de Family magazine, je continuerai à vous proposer des témoignages variés, de femmes aux horizons et aux parcours de vie différents, avec ou sans enfants !

Bon, le témoignage de cette édition va me faire mentir puisque j’ai choisi de vous livrer celui d’Olivia, qui est, elle aussi, enceinte, et avec qui la discussion a pas mal fait écho à certaines de mes réflexions. Je vous laisse en sa compagnie et je vous dis à très vite sur Insta ou à dans deux semaines par ici (mais si je vais m’y tenir j’ai même des témoignages d’avance, non mais).

Bonne lecture les douces zé les doux !

Olivia*, 36 ans, travaille dans une agence de relations presse à Paris. Elle est en couple avec James, 48 ans, belle-mère de Nino, bientôt 10 ans et s’apprête à devenir maman. Elle témoigne de l'équilibre précaire entre le rôle ludique et les contraintes du quotidien, la difficulté à trouver sa place, et l'arrivée d'un bébé qui change la donne.

* les prénoms ont été modifiées à la demande de l’interviewée

Olivia, peux-tu nous présenter ta famille recomposée ?

J'ai 36 ans, je travaille à Paris dans une agence de relations presse. Ma famille recomposée se compose de mon conjoint James qui a 48 ans, avec qui j’ai donc a 12 ans d'écart, et de son fils Nino qui va avoir 10 ans.

Comment vous êtes-vous rencontrés ? 

Pour le contexte, je sortais d'une longue histoire de 7 ans avec quelqu'un, avec qui on prévoyait de faire un bébé. Et en fait, au moment de lancer le projet et de concrétiser les choses, j'ai eu une espèce d'angoisse. J'avais à peine 30 ans, j'ai toujours eu des relations longues toute ma vie et j'ai eu ce truc de "tu as 30 ans, tu as connu que des longues relations, tu ne pourras jamais plus jamais être célibataire et sortir". J'ai eu une grosse angoisse et je suis partie du jour au lendemain, ça a été extrêmement violent pour mon conjoint de l'époque parce qu'on était vraiment dans un projet très concret et j'ai eu ce mouvement de recul de "je ne veux pas en fait". Au vu de ce que je vis aujourd'hui, je me dis que ce n'était pas le bon et que ce n'était pas le moment non plus. Je n'étais pas du tout prête.

Je sortais donc de cette rupture-là qui avait été hyper dure et je n'avais qu'une envie, c'était de m'éclater avec mes copines, de faire la fête, de sortir jusqu'à pas d'heure. Je suis allée dans un bar dans lequel j'allais depuis des années. Et il y avait un nouveau propriétaire dans ce bar-là, James. On ne s’est pas trop appréciés au départ et ça a commencé il y a 5 ans, 1 an après cette rencontre.


“J’ai su, en faisant sa connaissance, qu'il avait son fils. Mais comme au départ ce n'était pas parti pour durer, ce n'était pas un critère que je prenais beaucoup en compte au début”

Est-ce que tu as su tout de suite qu'il avait un fils ?

James était encore en couple avec la maman de son fils, ça battait de l'aile clairement, mais au départ je n'étais pas du tout dans une optique de "on va se mettre ensemble" et je pense que lui non plus. C'était un peu le patron du bar avec qui on s'éclate. Il n'y avait rien de sérieux.

Et puis au fur et à mesure, on a commencé à bien s'aimer, à bien s'apprécier jusqu'au moment où on s'est dit "en fait il y a peut-être un peu plus qu'une histoire de soirée". Ça a pris une bonne année et demie avant qu'on réussisse à concrétiser un peu les choses. Pas parce que moi de mon côté je n'étais pas méga prête à me poser au début. Lui de son côté, ça faisait plus de 15 ans ans qu'il était avec la maman de son fils donc ce n'était pas rien. Et oui j’ai su, en faisant sa connaissance, qu'il avait son fils. Mais comme au départ ce n'était pas parti pour durer, ce n'était pas un critère que je prenais beaucoup en compte au début.


Tu ne te projetais donc pas dans le rôle de belle-mère ?

Pas du tout. Je ne savais même pas encore si je voulais des enfants à cette époque-là. Je crois qu'il a bien fallu au moins deux ans avant que je rencontre son fils. Donc non, je ne me voyais pas du tout en belle-mère au début, ce n'était même pas une question. Ça s’est vraiment fait par étapes.


Vous êtes en garde alternée depuis le départ ?

Nous, c'est un peu plus particulier. C'est une garde alternée sans en être une. En gros, James voit son fils tous les jours, puisque c'est lui qui va le chercher tous les soirs à l'école et qui gère les activités, le sport, etc. De par son métier il bosse de nuit, il ne l'emmène donc pas à l'école le matin, mais c'est lui qui gère le soir.

Et Nino dort chez nous le mardi soir. Il est avec son papa les mercredis toute la journée et on l'a un week-end sur deux. En fait, il voit son papa tous les jours. C'est juste qu'il est vraiment officiellement chez nous que le mardi soir, le mercredi et un week-end sur deux. Donc moi, je le vois mais je le vois moins que son papa.


Comment s'est faite la rencontre au bout de deux ans ? J'imagine que ça laisse quand même bien le temps de bâtir son couple.

La première fois, c'était avec des amis qu'on avait en commun. Ma fameuse copine qui m'avait traînée dans ce bar et son mec qui est un ami de James. Eux, ils étaient avec leur fille. James était avec Nino et moi, j'étais venue déjeuner avec eux dans un resto un peu sympa où il y avait des trucs pour les enfants. Au départ, c'était vraiment en mode amis tous ensemble au resto. Il n'y avait pas du tout de geste d'affection ou quoi que ce soit.

Après, on s'est revus un peu plus tous les trois, on est allé faire des activités le week-end ensemble. Puis il y a eu la phase "tu viens prendre l'apéro après l'activité" donc je suis allée chez eux. Jusqu’à la Saint-Valentin. J'étais partie en voyage avec ma famille et j'avais fait livrer des fleurs à James chez lui et Nino était là ce jour-là. Il lui a dit "papa c'est quoi ces fleurs ?" Et James lui a répondu "bah tu sais c'est l'amoureuse de papa". Et Nino a su tout de suite "ah mais c'est celle qui vient souvent à la maison qui t'envoie des fleurs". Donc il avait un peu deviné quand même et ça s'est fait comme ça. Ça s'est fait vraiment petit à petit. Et puis après, il y a eu l'emménagement, je dirais, 5-6 mois plus tard.

collage : Anaïs Richardin

Outre l’emménagement, ça a été le déclencheur de quoi, les fleurs de la Saint-Valentin et le fait qu'il sache, que ce soit acté ?

Déjà on se cachait un peu moins, même si on est moins démonstratifs évidemment quand il est là. Ça a officialisé on va dire, même si tous nos amis étaient au courant. Comme nous, ça n'a pas été officiel tout de suite, que ça a été très caché pendant longtemps, il y a vraiment eu cette envie à un moment de dire "bon par contre moi là maintenant j'ai besoin que ça se sache et de pouvoir assumer, de pouvoir aller au resto avec vous, de pouvoir rencontrer ta famille etc". Donc oui, ça a été le déclencheur de pas mal de choses. J’ai eu besoin de ce côté officiel et légitime. Et auprès de Nino, je ne me suis pas tout de suite dit "bon, je suis sa belle-mère, donc j'ai un rôle à jouer", ça s'est fait petit à petit.


“Avec l'annonce du bébé, j'ai l'impression d'être arrivée à une forme de légitimité à laquelle je n'arrivais pas à avoir accès avant”

Est-ce que vous avez appréhendé la révélation de votre couple ? 

On était un peu stressés parce qu'il y avait le sujet de sa maman. Elle savait qu'il y avait eu quelques petites choses hors contrat, on va dire. Mais ce n'était pas évident parce que je me disais "si elle n'accepte pas notre relation, ça va forcément déteindre sur Nino". J'appréhendais ce que l’officialisation auprès de Nino pourrait déclencher chez sa mère. Qu’elle lui dise “oui bon écoute j'ai pas très envie d'en parler” ou alors “mais qu'est-ce qu'elle t'a dit, est-ce qu'elle est gentille ?”. Au final, il s'avère que tout le monde est très intelligent dans cette histoire et que ça se passe très bien.

Ce qui a surtout marqué le truc, c'était l'emménagement. Une étape de plus pour dire "c'est sérieux, je n'ai pas présenté n'importe qui à mon fils". Mais c'est vrai qu’on a toujours besoin de prouver qu'on est là. Avec l'annonce du bébé, j'ai l'impression d'être arrivée à une forme de légitimité à laquelle je n'arrivais pas à avoir accès avant, alors que ça fait déjà 5 ans qu’on est ensemble et que je connais sa famille et ses amis. Je trouve ça dingue. Je trouve qu'il y a vraiment un côté hyper bâtard dans le rôle de la belle-mère.

“Comme dans un couple, il y a une espèce de routine qui s'installe aussi avec l'enfant, je trouve. Il y a moins une opération séduction après, en fait”


Ah ça, la question de la place est cruciale. Et comment s'est passé l'emménagement ?

L'emménagement s'est bien passé, j'étais trop contente de pouvoir aller chez Ikea avec eux, d’aller choisir la chambre de Nino tous les trois, de le laisser choisir son lit etc. J'avais un peu l'impression d'avoir ce rôle sympa de faire avec lui la déco de sa chambre.

C'était nouveau pour moi, je n'ai pas de neveu ni de nièce donc j’ai vraiment découvert ce que ça faisait d’avoir un petit à la maison. Et puis c'est vrai qu'au début, je ne sais pas si c'est pour tout le monde pareil, mais on a vraiment ce rôle de “copine”. Il n'y a pas encore ce truc relou où l’on répète "lave-toi les mains, range ta chambre et mets ton linge dans le panier". Donc au début, c'était vraiment ludique, c'était vraiment que du jeu. Je trouve que c'est un peu comme dans un couple où au début on a envie de faire plein de choses, d'aller à telle expo, de faire tel concert, jusqu'au moment où on se dit "en fait on est aussi bien tranquille chez nous à profiter". Et il y a une espèce de routine qui s'installe aussi avec l'enfant, je trouve. Il y a moins une opération séduction après, en fait. 

Je me souviens qu'au départ mon mec m'a dit "bon allez, ça y est, je saute le pas, ça peut plus durer, il faut vraiment qu'on officialise et que je parte", il a ajouté "il faut que ça marche". Et là je lui ai répondu "bah t'es gentil mais ça ne tient pas qu'à moi". Je crois qu'au début j'avais vachement cette pression de me dire "il a tout quitté, donc je me dois d'être bien auprès de son fils". En fait, ça j'ai lâché un peu aussi. Parce que je me rends compte que si tout le monde n'y met pas du sien, ça ne fonctionne pas. Et là, le fait que tout le monde y mette du sien, sa maman, Nino, les grands-parents des deux côtés, c'est une recette à plusieurs ingrédients qui fonctionne. Il n'y a pas que la belle-mère et le beau-fils qui font que ça marche.


“Je sens que comme je suis crispée sur des trucs du quotidien, j'ai du mal à continuer à tisser ce lien sympa avec lui”

Comment acceptes-tu que les rapports avec Nino aient changé ?

Je travaille sur moi pour essayer d'être plus détendue. Mais depuis l’emménagement, j'ai basculé du côté gestionnaire de l'appart, avec certaines choses qui ne m'irritaient pas du tout au début mais que maintenant j'essaie de cadrer, et c'est un peu difficile.

Parce qu'encore une fois, il y a cette histoire de place, de rôle. Moi je sais que je fuis le conflit aussi donc il y a des choses qui ne sont pas évidentes. Je sais que je peux avoir des attitudes un peu passives-agressives où il faudrait que je sois juste plus calme et pédagogue mais j'ai parfois du mal. Nino, c'est un petit garçon de 10 ans qui bouge pas mal et je ne suis pas habituée à ça. Et surtout, il n'est pas élevé comme moi je l'aurais fait. C'est facile à dire quand on n'en a pas, je sais bien. Mais bon, a priori, je vais en avoir un, donc je peux me positionner !

Donc oui, il y a des choses qu'il fait qui ne sont pas évidentes pour moi, dans ma manière d’appréhender l’éducation d’un enfant. Comme ne pas se laver les mains avant de passer à table alors qu'on revient de quatre heures de foot ;  arriver en trombe dans l'appart, ouvrir le frigo juste avant qu’on passe à table, se servir et manger dans le canapé alors que je viens de passer deux heures à cuisiner. Il y a des trucs comme ça qui m'énervent un peu et qui sont en train de changer.

Je sens que maintenant, ça y est, il commence à tester, il commence à négocier. Quand je dis un truc, c'est "non, mais je ferai ça plus tard". "Non, non, en fait, tu vas le faire maintenant". Donc là, il y a un petit bras de fer qui arrive, qui n'existait pas avant. Et c'est vrai que ce côté ludique a disparu.

Et puis, je sens que comme je suis crispée sur des trucs du quotidien, j'ai du mal à continuer à tisser ce lien sympa avec lui. Moi je suis enfant de parents séparés et avec mon beau-père on a une relation géniale. Et je n'arrive pas à tisser ce truc avec mon beau-fils en mode "je suis ni tes parents ni une copine mais tu peux me parler de certaines choses".  Donc, il y a ce côté où je sens qu'il faut que je lâche du lest parce que sinon les moments familiaux sont chiants. Je n'ai pas envie d'être celle qui dit "lave-toi les mains, va te prendre ta douche, arrête de te mettre les doigts dans le nez". Ce n'est pas du tout marrant. Parfois, j'ai l'impression d'être la vieille aigrie, la belle-mère au sens strict. Et je n'ai pas envie.


Est-ce que tu as rencontré l’ex de ton mec ?

Non, je l'ai croisée dans un resto une fois mais sans qu'on se voie vraiment. Elle sait que j'existe, comment je m'appelle et voilà. Mais ça, c'est un sujet aussi. Quand on a emménagé ensemble il y a trois ans, j’ai dit à James "écoute, je voudrais envoyer un message à ton ex pour qu'on aille prendre un café parce que Nino vit quand même chez nous, on part en vacances avec lui et je voudrais qu'elle sache que je suis dispo si elle a envie qu'on se rencontre, on ne sera pas copines mais voilà". Et il m'avait dit "oui non on va attendre un peu". Et ça ne s'est jamais fait.

Là j'ai remis un peu le sujet sur la table parce qu’il y a des événements auxquels je ne participe pas parce que je sais qu'elle est là. Typiquement la fête de l'école ou son anniversaire. Il va avoir 10 ans, je sais qu'ils vont faire un truc et que je n'irai pas. Et ça commence à me peser parce que ça me ferait plaisir d'être là pour lui.



Malgré quelques flottements encore, comme ceux que tu viens d’évoquer, vous  vous êtes lancés dans un projet bébé. Quels ont été les questionnements par lesquels vous êtes passés ?

Pendant longtemps je n’ai pas été prête. On sort beaucoup et je n’avais pas envie de renoncer à ça, à notre vie telle qu’on la connaît. Et puis il y a eu un questionnement sur le métier de James parce qu’à cause de ça, il n’est pas là quatre soirs par semaine. Donc je me suis demandé comment on allait gérer. Il pourra gérer les matins, l’emmener à la crèche, mais à partir de 17 heures, je serai seule. Donc ça veut dire que les mercredis, jeudis, vendredis, quand il travaille, je serai assignée à résidence avec mon bébé. Ça a été un gros sujet. Mais je me suis dit que c’était comme ça et que d’autres le faisaient aussi et y arrivaient bien. 

En fait, je crois qu'on ne s'est pas posé trop de questions. Si ce n’était de se dire que plus on attendait, plus il y aurait un écart d'âge entre Nino et notre enfant. Mais je pense qu'il y a eu un déclic quand même. Au-delà du fait que je me suis dit "bon, allez, ça y est, je sais que c'est lui et je sais que je suis prête", j’allais surtout avoir 37 ans et j’ai pensé “Je suis beaucoup sortie, on a beaucoup fait la fête, tout va bien, on peut se calmer maintenant.”

Est-ce qu’il y a eu un vrai déclic en mode "OK je veux vraiment un enfant” ? 

Je crois que je me suis posé la question à l'inverse. Je me suis dit "et si tu ne pouvais pas en avoir ?". Depuis mes 28 ans je me dis "non mais tranquille on a le temps, on a le temps" sauf qu'attends, cocotte, tu vas avoir 37 ans. Même si maintenant on a le temps, mais si ça n’avait pas fonctionné très vite comme ça a été le cas et qu'il avait fallu rentrer en PMA, prendre un an, deux ans, ou s'entendre dire "non, en fait, ça ne fonctionnera pas", oui, je pense que j'aurais eu des regrets. Donc je me suis dit que c’était inutile d’attendre six mois, un an encore pour me dire “oui peut-être que” alors qu’en fait tout va bien, que je sais que j’en voudrais un jour et que je sais que c'est avec lui. Donc je me suis dit “ben go”.

“Clairement ça a rajouté du love en plus quand je l'ai découvert papa”

Est-ce que le fait de l'avoir découvert dans sa facette de père a consolidé l'envie d'enfant ?

Clairement ça a rajouté du love en plus quand je l'ai découvert papa. On s'est beaucoup connus le soir tard jusqu'à pas d'heure à prendre l'apéro et à rigoler donc je n’avais pas du tout ce côté "aller faire le marché le dimanche midi et cuisiner un poulet rôti". Ça a été très long avant que je l'aie. Donc c'est vrai que de le voir papa, en plus avec Nino qui à l'époque avait 6-7 ans, ça a été une vraie découverte. 

Et je crois que ça me rassure aussi vachement qu'il l'ait déjà fait. Même si j'ai vite recadré le truc au départ quand j'ai appris que j'étais enceinte parce qu'il a commencé à me dire "non mais elle faisait comme ça t'inquiète". Alors, écoute, c'est-à-dire que ça va déjà être assez compliqué pendant neuf mois, ne me dis pas comment ton ex gérait s’il te plaît.

Mais il y a un autre côté aussi qui m'a beaucoup rassurée dans le fait qu'il sache faire. Même si c'était il y a 10 ans, il connaît. Je n'arrive pas dans l'inconnu total de "comment on doit le prendre, où est-ce qu'on le met dans le bain".  Après, il y a aussi un côté que j’ai vite balayé, parce que chaque histoire est propre, du "ça ne sera jamais sa première fois, sa première écho etc.". Au début, avant d'être enceinte, ça me questionnait pas mal. Quand je lui ai annoncé que j'étais enceinte, j'ai vu sa tête et je me suis dit qu’en fait c’était toujours un peu une première fois.

“Je ne sais pas si un jour j'aurai l'occasion de lui dire, mais je sais que c'est aussi grâce à elle si on a cette sérénité-là tous les trois”

Comment son ex a-t-elle pris l'annonce de la grossesse ?

J'appréhendais beaucoup sa réaction, on a voulu lui annoncer avant de le dire à Nino parce qu'on ne voulait pas qu'elle l'apprenne par lui. C'est un peu comme quand on a officialisé notre relation, je me disais "si elle a une réaction réfractaire, ça peut influer sur Nino". Et finalement, non. Elle n’a pas sauté en l'air, on ne s'attendait pas non plus à ça, mais elle lui a quand même dit "félicitations, c'est cool, Nino va être hyper content et je te remercie de me l'annoncer en avance". Donc ça s'est plutôt bien passé.

Pareil, ça me rassure et je me dis que c'est quelqu'un d'intelligent et qui, pour son fils, réagit de manière juste. Et ça, ce n'est pas donné à tout le monde. Personnellement je ne sais pas si j'aurais réagi de cette manière-là, c'est quand même violent comme annonce. Si ça se passe bien de manière générale c’est aussi parce qu'elle y met du sien, qu'elle est flexible. Je ne sais pas si un jour j'aurai l'occasion de lui dire, mais je sais que c'est aussi grâce à elle si on a cette sérénité-là tous les trois.


“Au départ, je me suis beaucoup foutu la pression pour être aussi bien qu’elle”

C'est quelque chose que tu as redouté dans la construction du couple ?

Oui, j'ai appréhendé. Mais en fait, j'ai parfois plus appréhendé les réactions de certains amis qu'ils avaient en commun que les siennes. Parce qu'il y a eu ça aussi, certaines personnes avec qui il a coupé les ponts parce qu’elles n'ont pas compris cette rupture. C'est toujours compliqué de savoir que notre ex part en vacances avec notre meilleur pote d'avant dont on n'a plus de nouvelles depuis trois ans. 

Son ex est quelqu'un de très appréciée, ce qui me fait dire encore une fois que c'est quelqu'un de bien. Mais je ne sais pas si c'est plus facile d'arriver dans une famille où l'ex est très appréciée ou l'inverse ! Au départ, je me suis beaucoup foutu la pression pour être aussi bien qu’elle. Et puis après je me suis dit "en fait arrête parce que tu es en train de devenir une autre personne". 

La famille de mon mec et elle sont toujours en lien et en fait je trouve ça très bien. J'avoue qu'au début, quand t'arrives et que tu as la photo sur le frigo de la famille, tu te dis "ok, super". Les photos ont un peu bougé depuis mais elles sont toujours là. Et en même temps, 15 ans de vie commune, des grands-parents qui ont 85 ans, ce n'est pas rien. Donc c'est plutôt bien que ça se passe comme ça se passe. 


Il y a un sujet qui est souvent un peu touchy, ce sont les finances. Qu’avez-vous choisi comme modèle ?

Tout ce qui est dépenses au quotidien, l'appart, c’est 50/50. Des copines m’ont dit "mais attends vous êtes obligés de prendre un appart plus grand parce que son fils donc il devrait payer plus”. Oui d'accord, mais moi je suis aussi contente de vivre dans un appart plus grand en soi, ce n'était donc pas un sujet.

Après tout ce qui est dépenses propres à Nino, c'est James qui gère, le sport etc. Pour les vacances, on fait moitié-moitié. La seule différence, c'est quand il y a par exemple des billets de train ou des choses comme ça, lui prend ceux de son fils et moi les miens. Ensuite, c'est quand même beaucoup James qui fait les courses. Donc on trouve un équilibre, qui n’est peut-être pas équilibré au final, mais qui dans les faits nous va bien. Je ne me suis jamais dit "ah bah super, je paye alors que c'est pas mon enfant." 

“Ce que je trouve difficile, c'est d'arriver dans la vie d'un enfant qui est déjà grand sans le connaître et sans avoir de mode d'emploi quand on n'a jamais été maman”


Est-ce qu'il y a un sujet en particulier que tu avais envie d'aborder qu'on n'a pas abordé ?

La place de la belle-mère. Ce que je trouve difficile, c'est d'arriver dans la vie d'un enfant qui est déjà grand sans le connaître et sans avoir de mode d'emploi quand on n'a jamais été maman. Je trouve ça hyper dur parce qu'on veut être fun mais pas trop, on veut mettre des règles mais pas être relou. En fait, je trouve qu'on est tout le temps sur un fil. C'est un jeu d'équilibriste permanent. 

Et puis le fait que tu n’as personne à qui te raccrocher pour avoir des conseils. Quand je suis tombée sur ta newsletter, ça m’a fait du bien de lire des témoignages où je me disais "mais oui, mais c'est tellement ça". Il y a quelques numéros de Bliss où tu entends des belles-mères, mais c'est quand même pas la majorité des récits et ça manque.

J'ai lu un livre qui s'appelle "Figurante" (et qui est vraiment très bien, NDLR). Et un jour en discutant avec ma psy, je lui dis "ouais mais en fait je me sens un peu comme un remplaçant au bord du terrain". Et elle m'a dit "essaie de creuser là-dessus. En fait si tu te sens toujours remplaçante, figurante, tu n'arriveras jamais à prendre ta place".

Ça paraît bateau comme ça mais toi ce que tu ressens c'est ça au quotidien. En fait tu as tout le temps l'impression d'être celle qu'on va venir chercher quand on aura besoin mais pas celle qui est là tout le temps, pas la joueuse quotidienne. C’est important de déconstruire ça et se dire que tu n'as pas ce rôle-là et que oui, tu as vraiment ta place de titulaire dans cette famille-là.

Avec l'arrivée d'un bébé forcément ça pose un peu plus les choses. Mais il y a quand même beaucoup le fait que la belle-mère reste quelqu'un qui est là mais on ne sait pas si ça va durer. On prend une place mais on n’a aucun statut. Et ça je trouve que c'est dur.

Je trouve aussi qu'on a tendance à minimiser l'impact, l'effort que ça demande au quotidien de gérer un enfant qui n'est pas le sien. J'ai une copine qui n'arrête pas de me dire "mais meuf, je ne sais pas comment tu fais. Elle me dit "moi déjà les miens parfois j'ai envie de les foutre sous l'eau froide parce qu'ils me rendent hystérique mais en contrepartie il y a l'amour inconditionnel qu'une maman a pour son fils et le soir il va me dire 'je t'aime maman' et je vais le prendre dans mes bras". Mais elle me dit "mais toi tu n'as pas ça". Je me dis "mais c'est vrai je n'ai pas ça". Je trouve que c'est très ingrat. Les gens te disent " mais ça va il est mignon ça se passe bien, ce n'est pas difficile". Bah si en fait, régulièrement tu te mords la langue parce que tu te dis "putain quand il fait ça ça me saoule mais en même temps bon allez on est tous ensemble je vais rien dire".


Je vois bien le tableau ! Alors reprenons un peu le pouvoir, si tu pouvais changer quoi que ce soit à cette famille recomposée, qu'est-ce que ce serait ?

Je pense que ce serait de réussir à rééquilibrer un peu le côté ludique versus gestion de la maison pour remettre un peu plus de fun dans le quotidien. Je suis blasée et crispée sur certains trucs et j’aimerais remettre un peu de jeu, de spontanéité. Reprendre un peu cette place plus drôle, plus rigolote, plus complice que j'ai un peu perdue.

Il y a un autre micro truc dont je n'ai pas parlé. Je trouve que c'est difficile de prendre une place dans le binôme père-fils. Parfois, il y a certains trucs où tu sens qu'il y a des tensions. À quel moment est-ce que tu interviens pour conseiller l'un ou l'autre ou pour venir faire tampon ? Ça, pour moi c'est encore compliqué. Quand les devoirs prennent mille ans et qu'au bout d'un moment mon mec perd patience, à quel moment est-ce que tu rentres et que tu dis "attends tu veux que je prenne le relais ?" ou "j'ai senti que tu perdais patience, est-ce qu'il s'est passé quelque chose, est-ce que tu veux en parler ?" ou d'aller voir Nino et lui dire "bah tu sais papa parfois il est fatigué". Pour l'instant, je n'arrive pas à le faire et ça me frustre. J'aimerais bien pouvoir y parvenir. Oui, je crois que j’aimerais intervenir sans trop m'immiscer dans leur binôme.

MERCI D’AVOIR LU LE TÉMOIGNAGE D’OLIVIA JUSQU’AU BOUT 🙏🏼

Belle-doche

Par Anaïs Richardin

J'ai 37 ans, je suis autrice et journaliste et depuis quelques années, j’ai mis un pied dans la fiction. Roman, scénario, podcast, newsletter... j'explore différents sujets et des formes diverses pour raconter des histoires, vraies et un peu moins vraies, avec cette envie nichée au creux d'ouvrir, chez les autres, des petites fenêtres restées closes.

Je vis avec un ado que je n’ai pas mis au monde et j’ai eu envie, en 2022, de tendre l'oreille et mon micro à toutes ces femmes qui vivent, elles aussi, avec les enfants des autres et auxquelles je donne la parole dans "Belle-doche".

Les derniers articles publiés